Personne ne sait exactement à quoi ressemblera un environnement de production dans dix ans. La technologie évolue rapidement, les concurrents internationaux fixent de nouvelles normes et les clients attendent toujours plus de flexibilité. Pourtant, les entreprises manufacturières peuvent s’y préparer. Non pas en adoptant chaque nouvelle technologie, mais en faisant des choix qui laissent suffisamment de marge de manœuvre pour l’avenir.
L’usine de demain n’a donc pas de forme définitive. Elle doit rester adaptable sans dévier de sa trajectoire. Cinq domaines doivent se renforcer mutuellement : la capacité de différenciation, la base opérationnelle, les données, l’organisation et la collaboration au sein de la chaîne de valeur.
1. Misez sur ce qui différencie votre entreprise
Les gains de productivité ne renforcent pas automatiquement la position concurrentielle. Investir dans l’augmentation des volumes n’a que peu d’intérêt si les clients privilégient le sur-mesure, une ingénierie rapide ou des délais d’exécution courts. À l’inverse, une standardisation poussée peut augmenter l’efficacité, mais aussi limiter la flexibilité souhaitée.
C’est pourquoi investir dans l’avenir commence par un choix clair : dans quel domaine l’entreprise souhaite-t-elle continuer à faire la différence demain ? Grâce à une qualité constante, à un lancement rapide des produits, à des solutions sur mesure rentables, à une livraison fiable ou à une expertise technique que les concurrents ont du mal à égaler ?
Dès que cette priorité est clairement définie, la technologie se voit attribuer un rôle précis :
- L’automatisation rend les étapes récurrentes plus efficaces sans limiter la fabrication sur mesure
- Le soutien numérique facilite l’accès aux connaissances spécialisées
- Une meilleure planification contribue à garantir la fiabilité des livraisons lorsque la variabilité augmente
Ainsi, une entreprise n’évalue pas les investissements en fonction de leur attrait technologique, mais en fonction de leur capacité à soutenir l’orientation stratégique choisie.
2. Augmentez votre productivité sans perdre en agilité
Dans l’usine de demain, productivité et agilité doivent aller de pair. Une solution qui permet aujourd’hui d’augmenter la production peut devenir un frein à l’avenir si les adaptations nécessitent beaucoup de temps, de connaissances ou d’argent. À l’inverse, une flexibilité illimitée risque de rendre la production coûteuse et difficile à gérer.
C’est pourquoi toute amélioration doit répondre à deux questions :
- Quel bénéfice génère-t-elle aujourd’hui ?
- L’entreprise pourra-t-elle adapter facilement son fonctionnement à l’avenir ?
Cela nécessite des processus et des systèmes stables, mais aussi évolutifs par étapes. En effet, la productivité ne se résume pas à produire davantage avec les mêmes moyens. Le temps et les efforts nécessaires pour intégrer une nouvelle variante, une nouvelle méthode de travail ou une nouvelle technologie sont également importants. Ainsi, l’agilité ne s’oppose pas à l’efficacité opérationnelle, mais en fait partie intégrante.
3. Faites évoluer votre infrastructure de données
Pour adapter progressivement les processus et les systèmes, les flux d’informations entre eux doivent pouvoir évoluer eux aussi. De nombreuses entreprises manufacturières disposent déjà d’importantes quantités de données sur leurs clients, leurs produits, leurs machines, leurs processus et la qualité. Cependant, la valeur d’une nouvelle machine ou d’une nouvelle application ne dépend pas seulement de ce qu’elle permet de faire, mais aussi de sa capacité à échanger des données avec le reste de l’environnement de production.
Lorsque chaque nouvelle application nécessite une connexion distincte, ces échanges deviennent de plus en plus complexes et coûteux. Le but n’est donc pas de collecter le plus de données possible, mais d’organiser les informations de manière à ce que différents processus et applications puissent s’appuyer sur elles. Des définitions communes et des connexions évolutives permettent d’ajouter ultérieurement des machines, des systèmes ou des sources de données sans devoir reconstruire l’ensemble du flux d’informations.
Cette cohérence doit également être prise en compte dans les décisions d’investissement :
- Quelles informations une nouvelle solution permet-elle d’obtenir ?
- Comment s’intègre-t-elle aux systèmes existants ?
- Ces informations pourront-elles être réutilisées par la suite ?
Les données deviennent ainsi un élément à part entière de l’infrastructure de production. Elles soutiennent le fonctionnement actuel et facilitent l’adoption d’applications technologiques qui deviendront pertinentes par la suite.
4. Veillez à ce que l’organisation évolue en conséquence
Les nouvelles infrastructures de données et les nouvelles applications ne génèrent une valeur durable que lorsqu’il est clairement établi qui les gère, les supervise et les développe. Au cours d’un projet, les responsabilités sont généralement bien définies. Une équipe de projet, un fournisseur ou un responsable interne pilote la mise en œuvre.
Le véritable défi commence souvent après la mise en œuvre :
- Qui assure le suivi des performances ?
- Qui veille à la qualité des données ?
- Qui décide des modifications ?
- Qui intervient lorsque la technologie n’est plus adaptée au fonctionnement de l’entreprise ?
La formation, l’appropriation et la gestion doivent donc être prises en compte dès la décision d’investissement. Cela nécessite non seulement un budget dédié à la mise en œuvre, mais aussi des responsabilités clairement définies et des capacités en matière de maintenance et d’amélioration.
Toutes les compétences ne doivent pas nécessairement être disponibles en interne. L’entreprise doit toutefois déterminer quelles connaissances sont nécessaires pour garder le contrôle et dans quels domaines elle souhaite faire appel à des partenaires externes. La connaissance des processus et l’expertise technologique doivent continuer à se compléter, même après l’achèvement du projet initial.
5. Intégrez la collaboration à votre stratégie technologique
La collaboration avec les fournisseurs, les clients, les partenaires technologiques et les instituts de recherche ne se limite pas à combler les lacunes en matière de connaissances. Elle permet d’évaluer plus rapidement les nouveaux développements, de tester des solutions et de mieux coordonner les changements au sein de la chaîne de valeur. Par ailleurs, l’échange ciblé de données sur les commandes, les capacités, la qualité et les modifications apportées aux produits aide les entreprises à mieux coordonner leurs activités. L’ensemble de la chaîne de valeur peut ainsi réagir plus rapidement.
Cependant, cette interconnexion s’accompagne également de nouvelles dépendances. Des accords clairs sont donc nécessaires :
- Quelles informations sont partagées et qui y a accès ?
- Qui reste responsable des décisions ?
- Comment l’entreprise assure-t-elle la continuité lorsqu’une collaboration évolue ou prend fin ?
L’agilité et la compétitivité d’une entreprise ne dépendent donc pas uniquement de ses propres capacités, mais aussi de la qualité des relations et des flux d’informations avec ses partenaires.
Une feuille de route technologique relie ces choix
Ces cinq choix ne sont pas indépendants les uns des autres. Par exemple, lorsqu’une entreprise souhaite lancer plus rapidement de nouveaux produits, cette accélération a des répercussions sur les processus, les données, l’infrastructure, les compétences et la collaboration avec ses partenaires. Une feuille de route technologique met en évidence ces liens et ces interdépendances.
La feuille de route n’est pas une liste de technologies devant être mises en œuvre selon un planning précis. Elle offre un cadre commun permettant d’évaluer les investissements en fonction de leur contribution à la stratégie choisie. Elle fait ainsi la distinction entre les investissements qui apportent immédiatement une valeur opérationnelle et les capacités et conditions nécessaires pour exploiter de nouvelles opportunités à l’avenir.
« La feuille de route doit pouvoir évoluer »
Bart Verlinden, Manager 4.0 Made Real chez Sirris
« L’intérêt d’une feuille de route technologique ne réside pas dans sa capacité à prédire quelle technologie s’imposera dans cinq ans. Elle définit clairement la direction que l’entreprise souhaite prendre et les conditions qu’elle doit mettre en place pour y parvenir.
Cela signifie également qu’une feuille de route doit être régulièrement réexaminée et ajustée. Lorsqu’une nouvelle solution voit le jour, il ne suffit pas de se demander ce qui est techniquement possible. L’entreprise doit également évaluer si cette solution contribue à la stratégie choisie et si elle est cohérente avec ses processus, ses données, ses compétences et ses partenaires.
Parfois, la meilleure décision consiste à ne pas investir tout de suite, mais à créer d’abord les conditions qui permettent de maintenir plusieurs options ouvertes. »
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De la stratégie aux étapes concrètes
Sirris rassemble l’expertise nécessaire pour aider les entreprises à traduire leur stratégie technologique en choix pertinents. En tant que centre d’innovation indépendant, Sirris n’est pas lié à des fournisseurs ou à des solutions spécifiques.
En collaboration avec l’entreprise, Sirris évalue les investissements potentiels en fonction de leur pertinence stratégique et de leur faisabilité technologique et économique. Lorsque davantage de certitude est nécessaire, un choix peut être approfondi grâce à un conseil technologique, une étude de faisabilité ou un essai dans un environnement industriel.
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