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Altachem Harelbeke : la numérisation apporte le calme et l'humain continue à faire la différence

Article
Filiep Vincent

Par Lieven Eeckelaert, Workitects 

Dans le cadre du projet AMR4FOOD , dans lequel Flanders' FOOD, Sirris et Workitects explorent la manière dont les robots mobiles autonomes peuvent apporter une valeur ajoutée réaliste centrée sur l'humain, nous avons visité Altachem. Bien qu'Altachem ne soit pas une entreprise agroalimentaire, son approche pragmatique et progressive montre clairement comment les entreprises qui veulent mettre en œuvre la numérisation et les robots mobiles peuvent procéder afin de ne pas perdre la dimension humaine. 

Altachem, leader mondial du développement et de la production de valves et d'applicateurs pour la mousse PU, s'est vu décerner pour la deuxième fois un Factory of the Future Award en 2026. Elle doit cette reconnaissance en partie à ses investissements dans la smart manufacturing, à un site de production sans papier et à l'introduction de véhicules à guidage automatique (Automated Guided Vehicle, AGV) qui ont complètement redessiné la logistique interne. Pourtant, la véritable innovation n'est pas le robot en lui-même, mais la manière dont les collaborateurs perçoivent aujourd'hui leur travail. L'entrée en scène d'un AGV apparemment simple, appelé Wall-E par le personnel, a modifié non seulement le flux physique, mais aussi la dynamique sur le lieu de travail. 

Altachem Factory of the Future Award

« Nous ne voulions pas remplacer l'humain. Nous voulions lui donner un meilleur travail. » 

L'équipe de Harelbeke se compose de trente personnes, en charge d'une production qui connaît de fortes fluctuations saisonnières tout au long de l'année. Cette échelle rend chaque modification tangible.

Wouter Van Haute, Operation manager: « Nous n'avons en aucun cas décidé d'utiliser un AGV pour nous passer de qui que ce soit. Le but était de soulager notre personnel. Effectuer le contrôle de la qualité est plus intéressant que transporter des palettes. » 

Dempsey Desmet, Supply Chain Specialist, ajoute : « La première chose que nous avons dite a été : "Wall-E vient vous aider dans votre travail, il ne le fera pas à votre place." Cette clarté crée la confiance. Et nous avions besoin de confiance, surtout au début. » 


De menace à allié 

Comme pour toute intervention technologique, l'AGV a d’abord été accueilli avec méfiance. Le magasinier, qui gérait jusqu'alors le flux logistique, l'a considéré dans un premier temps comme une source de risque. Une machine qui se déplace de manière autonome dans le hall de production, de jour comme de nuit, peut sembler imprévisible à première vue. En outre, le démarrage s'est fait par tâtonnements techniques : un premier flux simple, de petits problèmes, des paramètres qui ont dû être affinés. 

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Ce processus a été soutenu par le travail préparatoire d'Altachem en collaboration avec Sirris : cartographie des flux logistiques, tests avec l'UNS et le MQTT pour un flux de données fiable et étude objective des domaines dans lesquels un AGV pouvait apporter une réelle valeur ajoutée. Cet exercice a permis une mise en œuvre sereine et réaliste, sans imposer une technologie dont les bases n'étaient pas encore prêtes. 

Mais c'est précisément cette approche lente et systématique qui a fait la différence. 

Dempsey Desmet: « Nous avons commencé par de très petites choses. Un seul itinéraire, un seul type de mouvement. Nous ne sommes passés à l'étape suivante que lorsque tout se déroulait bien. Tout le monde a ainsi eu le temps de s'habituer. » 

Le point de bascule a été atteint lorsque le magasinier a commencé à remarquer que Wall-E apportait surtout le calme. L'AGV roule lentement, est prévisible et continue à travailler de manière imperturbable pendant la nuit. « Aujourd'hui, il appelle même Wall-E son assistant », déclare Wouter en riant. « Tout est dit. » 


Calme, sécurité et lieu de travail moins encombré 

Aujourd'hui, l'effet sur le lieu de travail est indéniable. Alors qu'auparavant, des stocks tampons ad hoc se formaient, aujourd'hui, tout est en place. Le plan d'occupation du sol est moins encombré. « L'AGV apporte le calme », souligne Wouter. « Il roule à son rythme, sans stress, sans précipitation. Et ce calme se répercute sur toute l'équipe. » 

La sécurité s'est également renforcée. Les transpalettes bloqués et les collisions appartiennent au passé. Cet effet est difficile à mesurer en termes de retour sur investissement, mais, selon Wouter, « il est au moins aussi précieux que le gain de temps ». 

Par ailleurs, le temps de réaction en cas d'arrêt d'une machine a considérablement diminué. Un grand écran dans le hall de production indique quelle machine a cessé de fonctionner et pourquoi. Les opérateurs portent une montre qui vibre en cas de problème, ce qui leur évite de devoir surveiller la ligne en permanence. « La différence est énorme », déclare Dempsey. « L’opérateur peut désormais se concentrer vraiment sur ses tâches. » 

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« Ce sont les opérateurs qui doivent être aux commandes, pas la marionette » 

La combinaison de l'AGV et de la commande 24Flow a donné naissance à une nouvelle manière de travailler. L'opérateur décide où doit être amenée une palette et Wall-E la transporte. Le système accompagne, mais il ne commande pas. « Les opérateurs doivent avoir le sentiment que ce sont eux qui sont aux commandes », explique Dempsey, « et non la technologie. » 

Cette méthode de travail correspond parfaitement à ce que Wouter appelle la « framed freedom », la liberté encadrée : l'autonomie dans des limites clairement définies. Les processus, les données et les visualisations créent le cadre. À l'intérieur de ce cadre, les gens disposent de l'espace nécessaire pour prendre des décisions. « La liberté ne fonctionne que si chacun comprend où elle commence et où elle s'arrête », précise Wouter. 

L'administration sous-jacente – analyses, dossiers, suivi – a en grande partie disparu. Reste le travail plus proche du métier : contrôle de la qualité, réglages, surveillance des processus, ordre et propreté. Des tâches qui apportent une réelle valeur ajoutée tout en étant diversifiées. 

« Aujourd'hui, notre personnel effectue moins de tâches subalternes et plus de travail qualifié. C'est une source de satisfaction. » 


Des emplois plus riches, des rôles plus larges  

Altachem n'a pas dû recruter de magasinier supplémentaire. L'AGV prenant en charge une grande partie de la logistique, le rôle existant a au contraire été élargi. Les collaborateurs continuent à charger et décharger et à préparer les commandes, mais ils alternent avec le contrôle de la qualité, les réglages ou le soutien des machines. Ils se déplacent de manière flexible dans l'usine et peuvent mieux faire face aux pics de travail. 

« Ils portent plusieurs casquettes », déclare Dempsey. « Et cela fonctionne étonnamment bien. Pour une petite entreprise, cette flexibilité vaut de l'or. » 


Un phare au sein du groupe 

Aujourd'hui, le site de Harelbeke est un exemple pour les autres implantations du Groupe Lindal. La combinaison d’une approche centrée sur l'humain, de la numérisation et de l'apprentissage pragmatique fait d'Altachem un phare, un modèle de la façon dont les petites entreprises de production peuvent se moderniser. Smart manufacturing, numérisation réfléchie et organisation résolument centrée sur l'humain : autant de raisons pour lesquelles Altachem a été proclamée à deux reprises Factory of the Future

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Get your basics right

Pas de technologie sans fondations. Avant que Wall-E ne parcoure ses premiers mètres, Altachem a investi dans les 5S, la stabilité du wifi, des données de base claires et des systèmes visuels simples. « Un AGV ne fonctionne que dans un environnement organisé de manière claire », souligne Wouter. « Si la base vacille, il s'immobilise. C'est aussi simple que cela. »

Une solution de repli est en outre toujours prévue. Si Wall-E n'est pas disponible pour une raison quelconque, les opérateurs peuvent reprendre le flux manuellement. La confiance dans la technologie ne doit jamais s’imposer au détriment de la continuité opérationnelle. 


En conclusion : la technologie n'améliore rien si elle ne profite pas aux personnes 

L'arrivée de Wall-E a apporté le calme, la sécurité et une vue d'ensemble sur le lieu de travail. Mais le plus grand changement réside dans la manière dont les opérateurs perçoivent leur travail : plus d'autonomie, plus de savoir-faire, plus de variété. La technologie est devenue un outil pour rendre les gens plus forts, et non l'inverse. 

« C'est ce qui me rend le plus fier », conclut Wouter. 

« Nous n'avons pas tout simplement introduit un AGV. Nous avons fait en sorte qu'il fasse du bon travail. » 

 

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À travers le projet AMR4FOOD, Sirris accompagne les entreprises agroalimentaires dans l’évaluation de la faisabilité des AGV et AMR pour leur logistique interne. Le projet se concentre sur les défis spécifiques au secteur alimentaire, tels que les exigences en matière d’hygiène, l’humidité, les basses températures et les contraintes de certification.  

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