Le recyclage des yachts et bateaux en composite EoL est-il une solution viable ?

Le 16 janvier a eu lieu l'atelier sur le recyclage des matériaux composites provenant des flux de déchets mixtes des yachts et des bateaux. Au cours de cette séance de travail interactive, les participants ont pu partager leurs expériences et leurs attentes en matière de recyclage de ces navires. 

L'atelier était organisé dans le cadre du projet CompositeLoop pour explorer les synergies dans les solutions pour les pales d'éoliennes EoL et les flux de déchets EoL des yachts et des bateaux. Avec 15 participants représentant l'ensemble de la chaîne de valeur, du démantèlement au recyclage, cet atelier a permis d'échanger des idées interdomaines. Des présentations ont été faites par Jachthaven Nieuwpoort, OVAM, Febelauto et Simonis Reprocover.

Traitement des navires EoL

Aucun chiffre n’a encore été publié sur le flux de déchets des bateaux en Belgique, mais au cours de cette séance, il a été estimé que 85 navires finissaient au rebut chaque année, soit environ 100 tonnes par an. Les Pays-Bas ont estimé leur flux de déchets à 3.000-4.000 tonnes de matériaux par an et une estimation européenne donne 140.000 navires par an. Au niveau européen, l'ordre de grandeur est similaire à celui de l'industrie éolienne, avec une estimation de 50.000 tonnes par an en 2020 en Europe. Cependant, le flux de déchets des bateaux est plus hétérogène, ils contiennent plus de contaminants, tels que le bois, le métal, les mousses (PU), etc. Avant de traiter le bateau aussi près que possible de la marina, le propriétaire doit l'identifier et le libérer pour traitement ultérieur. Ce traitement se résume à une opération de sciage manuel, découpant le navire en fragments en vue de sa préparation à la mise en décharge ou de son incinération (1.000 EUR/bateau de 6 à 8 m). Actuellement, l'OVAM considère qu'il s'agit d'une option EoL acceptable, car il existe très peu de solutions de recyclage locales économiquement stables aujourd'hui, même si diverses technologies possibles sont connues et même éprouvées à l'échelle du prototypage.

Technologies de recyclage pour les structures composites

Durant l'atelier, deux options ont été présentées pour les grandes structures composites EoL : la voie du cotraitement pour l'industrie du ciment et la voie du recyclage, avec mélange des fragments composites (matière première granulée) avec un liant et moulage par compression. Les poussières résultant des opérations de découpe peuvent être utilisées comme charge pour les procédés SMC/BMC, avec des défis supplémentaires de manipulation et de sécurité.

Reprocover Simonis a proposé sa solution pour des applications telles que les chemins de câbles et le mobilier urbain. Bien qu'elle se concentre principalement sur le recyclage de la Bakélite, l'entreprise a pour objectif une transition vers le recyclage du PRV avec des fibres continues. L'entreprise peut traiter 8.000 tonnes/an. En théorie, il n'y a pas de frais de prise en charge pour les « déchets granulés », mais dans la pratique, le prétraitement (broyage, tamisage, etc.) des flux de déchets composites est facturé pour compenser les coûts de traitement.

Conclusions

Il est urgent de trouver des solutions économiques viables dans l'organisation de la chaîne de valeur, car c'est souvent le propriétaire du produit composite qui est responsable des mesures de recyclage. Il a été observé que la filière de recyclage, actuellement la plus acceptable du point de vue environnemental, serait plus prometteuse si les responsabilités étaient partagées entre les acteurs de la chaîne, notamment les producteurs de matériaux, les transformateurs de composites, les propriétaires et les recycleurs. Des contributions financières pour ces responsabilités pourraient être envisagées par l'organisation d'un système volontaire, l'application de nouvelles réglementations ou une combinaison des deux.

En outre, les éléments suivants sont essentiels pour soutenir des scénarios EoL économiquement viables : recueillir et échanger des données fiables, lier les coûts (redevances ou contributions) à l'impact écologique et étendre les technologies de recyclage matures à l’échelle industrielle. Petit à petit, de telles actions ouvriront de nouveaux débouchés pour un traitement écologiquement justifié des grandes structures composites EoL.

CompositeLoop est une étude de faisabilité visant à évaluer l'état actuel des techniques pour les options de fin de vie des grandes structures composites. Les résultats de l'étude seront validés par les partenaires industriels grâce au soutien des clusters IBN Offshore Energy et IBN Composites. 

(Source photo: Dreamstime)